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mardi 15 avril 2008

Les motards roulent t'ils trop vite ? I - Mensonges

(Initialement publié le 04/10/2004)

Pendant des années nous avons justifié une sulfureuse réputation de fous de vitesse allant jusqu'à flirter avec la mort. C'était sans doute vrai (mais pour certains motards seulement) à l'époque du " vivre vite et mourir des seventies ". Les bandes dessinées du " Joe Bar Team " sont là pour nous rappeler, avec humour, cette époque heureusement révolue..
Depuis les choses ont beaucoup changées. Les motards se sont assagis et ont pris leur destin en main. Conscients de leur fragilité sur la route, ils ont banni les conduites à risques. La bière est réservée au moment où l'on ne pilote pas et les records absurdes (course moto-TGV, tour du périph. parisien à 192 km/h de moyenne) sont du passé. De nombreux motards militent pour la sécurité routière et les chiffres des assureurs confirment notre attitude responsable. Les motards ont trois fois moins d'accidents que les automobiliste (Club 14-Axa) et même quatre fois moins (Assurance mutuelle des Motards).
Bien sûr, les fabricants ont toujours dans leurs gammes des monstres aux performances aussi exceptionnelles qu'inexploitables sur route. Cependant il faut constater que leurs pilotes réservent le plus souvent leur puissance et leur science du pilotage à la piste. Les grands excès de vitesse constatés se font plus rares et ne sont pas l'apanage des motos (214 km/h au lieu de 70 pour une Porsche dans le tunnel du Mont Blanc, en avril 2004).

Et pourtant l'étiquette " les motards roulent toujours trop vite " nous est agrafée au blouson comme une maxime.
Le problème, c'est qu'en cas d'accident, c'est sur cette " évidence " que nous allons être condamnés.
Et " tout le monde " le sait, car : " tout le monde le dit ".

I- Mensonges

Propagande : Axiome - Les ministres sont intègres et les motards sont des chauffards.

Extraits de l'express du 25/09/2003 :
Titre : " Faut-il interdire les motos ? "
" 7 motards sur 10 ne respectent pas les limitations de vitesse, notamment en agglomération "

La chute d'une moto est : " d'autant plus grave que la majorité des motards accidentés roulaient " aux extrêmes limites de leurs capacités et de celles de leurs machines ", précise Pierre Van Elslande [Accidentologue à l'Institut National de REcherche sur les Transports et leur Sécurité (INRETS)]. Certaines motos atteignent aujourd'hui 300 kilomètres à l'heure ".

L'affirmation précédente est absurde (en effet, il est difficile d'imaginer se sortir vivant d'une chute à 150, voir 200 km/h sur route ouverte !), mais pernicieuse. Elle accrédite le fait, sous couvert de l'autorité d'un scientifique, que la plupart des motards sont des inconscients ou des suicidaires, mais surtout que la majorité des motards accidentés le sont de leur fait.

France-Info, le 12 janvier 2004
Nous " informe " que, contrairement aux automobilistes, les motards et les pilotes de deux-roues motorisés ne changent pas de mentalité. " Des usagers de la route qui peinent, pour beaucoup d'entre eux, à se plier aux règles communes, selon les autorités et " les " associations ".

La parole est alors donnée à Madame Chantal Perrichon, présidente de la ligue contre la violence routière. Après une phrase particulièrement alambiquée : " il y a beaucoup plus de motards [que d'automobilistes] qui sont toujours effectivement en excès de vitesse ", sa conclusion est identique à celle du journaliste : " Ils [les motards] doivent comprendre qu'on ne peut pas s'affranchir des règles sur la route ".

Enfin, le journaliste, après nous avoir implicitement traités de chauffards, termine par cette affirmation péremptoire : " la vitesse reste la première cause d'accident des deux roues ".
A noter que le terme " reste ", laisse supposer que cette affirmation repose sur des études sérieuses remises à jour régulièrement.

Synthèse de ces deux articles

Ces deux médias diffusent le message suivant :
La majorité des motards roulent trop vite
La majorité des motards se tuent parce qu'ils roulent en très grand excès de vitesse (" aux extrêmes limites de leurs capacités et de celles de leurs machines ".)

Le plus grave est qu'ils laissent croire que tous les motards, tous les pilotes de cyclomoteurs et scooters qui se tuent, sont responsables de leur propre mort.

Et ils se réfèrent à une pluralité de sources, toutes incontestables :
1- Les politiques, avec la DSCR (Direction de la Sécurité et de la Circulation Routières), qui dépend du ministre des transports.
2- " Les " scientifiques, avec l'INRETS (Institut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité), qui dépend du ministre des transports.
3- " Les " associations, avec la LCVR (Ligue Contre La Violence Routière), subventionné par le ministère des transports.

" 7 motards sur 10 ne respectent pas les limitations de vitesse, notamment en agglomération "

Cette affirmation est un raccourci d'une " étude " très largement diffusée par la DSCR, le bras armé du ministère des transports, auprès de tous les médias, à l'aide de dossiers de presse étoffés. Un exemple disponible à l'adresse suivante : http://www.securiteroutiere.gouv.fr/IMG/pdf/dossier-participant-moto-250504.pdf

Il s'agit du dossier du participant à la table ronde ( 25 mai 2004) :
" Moto et sécurité routière : Respect de soi, respect des autres "
L'intitulé déjà n'est pas neutre : un motard ne se respecte pas plus qu'il ne respecte les autres.

Page 4, nous pouvons lire :
" Moins d'un motard sur deux respecte les limitations de vitesse.
Selon l'Observatoire National Interministériel de Sécurité Routière [ONISR], la proportion de motards qui roulaient au-dessus de la vitesse autorisée en 2003 variait de 52 % (autoroute de liaison) à 82 % (traversée d'agglomération de moins de 5000 habitants). "

Ailleurs, dans le même site nous pouvons lire la même information en encore plus raccourcie :
" En milieu urbain, c'est plus de 7 motocyclistes sur dix qui roulent au-delà des 50 km/h autorisés ".
Et de citer leurs sources : ONISR - ISL.

Si ISL est un sigle mystérieux, ONISR (Observatoire National Interministériel de Sécurité Routière, dépendant du ministère des transports), c'est du connu et du sérieux. Encore des scientifiques en blouses blanches qui analysent finement nos petits et gros travers.

L'ONISR

Le site de l'ONISR est effectivement plus sérieux, nous avons des chiffres, douteux sur leur pertinence, mais avec cette mise en garde : " Compte tenu du petit nombre d'observation (1274), il convient d'utiliser avec prudence les résultats suivant les différents types de réseaux ".
Et surprise ils citent eux-même leur source : DSCR (retour à l'envoyeur) et Institut de Sondage Lavialle (ISL !)

Ces chiffres présentés mensongèrement comme des études scientifiques sont donc issus d'une simple commande du ministère des transports à un sondeur privé. Sondeur qui a également comme clients l'INRETS et Pernod Ricard !!!

Conclusion : une seule source à cette affirmation, mais relayée par des personnalité multiples et faussement attribuée à un organisme scientifique, donne l'illusion d'une véracité et d'un sérieux incontestable. Cela s'appelle une manipulation de l'opinion.

Les chiffres de l'Institut de Sondage Lavialle (ISL)

Chaque année, cet institut est payé par le ministère des transports pour effectuer un relevé des vitesses moyennes des automobiles et des motos sur les différents types de route.

Pour avoir un chiffre fiable, il faudrait chronométrer le temps mis par chaque véhicule pour effectuer un parcours significatif (plusieurs kilomètres). Il faudrait effectuer ce chronométrage sur un certain nombre de routes. On ne roule pas à la même vitesse sur une départementale de la Beauce et sur une départementale de Savoie. Encore que, faire une moyenne entre la vitesse constatée sur des routes traversant des reliefs différents, ne me paraît pas présenter le moindre intérêt. Et sur chaque route, ce serait plusieurs centaines de véhicules qu'il faudrait ainsi pister.

Comment se déroule ce sondage ? Nous l'ignorons, il n'y a aucune communication sur ce sujet.

Un simple radar posé sur le bord d'une ou de quelques routes, est sans doute utilisé. Il est probable que ces emplacements sont sélectionnés pour obtenir les vitesses les plus élevées possibles.

L'affirmation comme quoi : " 7 motards sur 10 ne respectent pas les limitations de vitesse, notamment en agglomération ", est une approximation et une généralisation malhonnête des chiffres, eux-même sujet à caution de ce sondage.

Les mesures ont été prises dans une (ou plusieurs ?) " agglomérations " (traduire par village) de moins de 5000 habitants et de plus traversées par une route nationale.
Dans cette configuration, en 2003, 82 % des motards dépassaient la limitation de vitesse et la vitesse moyenne des motos était de 63 km/h au lieu de 50 km/h.
Si la mesure a été prise juste derrière le panneau marquant l'entrée d'un village, dans une grande ligne droite, avec une vue parfaitement dégagée et faiblement agglomérée, ces chiffres ne paraissent pas surprenants.
Par contre la généralisation en " 7 motards sur dix dépassent les limitations en agglomération ", c'est à dire dans toutes les agglomérations de France, y compris les centres villes de Toulouse, Lyon et Nantes et ce, en permanence ; révèle une authentique volonté de nuire à l'image des pilotes de motos.

Autre mesure 2003, sur les autoroutes de liaison, limitées à 130 km/h : 52 % des motards dépassent la limitation de vitesse et la vitesse moyenne relevé est de… 130 km/h ! Autrement dit, 48 % des motards roulent au-dessous de la limitation de vitesse.

Ces chiffres en eux-mêmes n'ont aucune valeur. A l'exception des autoroutes où les conditions de circulation sont à peu près identiques sur tout le réseau, on ne peut extrapoler ces chiffres sur tout le réseau, et en toute condition de trafic.
Le seul intérêt est la comparaison des chiffres sur plusieurs années, à condition que les mesures aient été prises aux mêmes endroits et dans les mêmes conditions de circulation.

Vous pouvez consulter le tableau concernant la vitesse des motos pour les années 1999 à 2003 (format pdf) à l'adresse suivante :
http://www.securiteroutiere.equipement.gouv.fr/IMG/Synthese/CT_VIT5.pdf

Conclusion

Se faire traiter de chauffard par les médias ne fait pas forcément plaisir, mais ce ne serait pas excessivement grave si c'était la seule conséquence de ces campagnes de dénigrement. Le problème reste que dans la situation d'accident, le motard est victime d'une réelle présomption de culpabilité.
Les magistrats sont sensibilisés par la même désinformation qui touche l'opinion publique et leurs jugements s'en ressentent.

Gilles
Consultant en accidentologie
des deux-roues motorisés

2 commentaires:

Gilles a dit…

Commentaire du 23/01/2005, par Etienne

Il est vrai que ce genre de (dés)informations frappe toutes les personnes qui ne sont pas motardes. La preuve : lors d'une affaire d'accident
moto/auto, le procureur a dit : "de toutes façons les motos roulent trop vite" alors que des témoins de l'accident ont dit
dans leur déposition que la moto roulait dans la flot de circulation à une vitesse d'environ 70km/h.

voir ici a dit…

le probleme ne vient pas des motards mais de tous les usagers de la route, il faut une attention mutuelle entre automobilistes, 2 roues piétons, pour garantir la sécurité de tous.

Sophie de mutuelle santé